A la recherche du bonheur

7 février 2010

El Mundo. Vendredi 29 janvier 2010. Enrique Rojas. (1e partie)

Désirer le bonheur d’une autre personne c’est vouloir le meilleur pour elle. Mais, qu’entendons-nous par "être heureux"? Parler du bonheur c’est s’approcher d’un thème difficilement saisissable dans sa globalité, c’est une mer sans rivages. Il y a tant de nuances, de recoins, d’angles et d’aspects dans ce concept, qu’il est difficile d’en comprendre la richesse et la diversité. L’histoire des idées sur le bonheur est passionnante et nous fait entrer dans une forêt épaisse où il y a, certainement, quelques idées qui reviennent comme la ritournelle d’un concert de musique classique.
Le bonheur est la vocation universelle de l’être humain. Une tendance inscrite dans ses entrailles, un désir profond qui attire et qui pousse dans cette direction. Mais le bonheur est avant tout un état d’âme, un paysage intérieur à travers lequel je me sens bien avec moi-même. Voilà une première idée qu’il me semble important de relever : il s’agit d’un mélange de joie et de paix intérieure, qui sont captés de façon subjective, mais qui se déverse sur toute la géographie de la psychologie intérieure.
Parler du bonheur, cela peut presque sembler une prétention utopique. Dans un monde aussi complexe, difficile et traversé par des difficultés sans nombre, le simple fait de mentionner ce mot fait que l’on se sente comme si l’on n’avait pas les pieds sur terre. Bien souvent, l’individu ne se pose pas cette question, parce qu’il est très fréquent que les grands thèmes de l’homme demeurent dans les frontières de l’analyse de la réalité. D’autres fois, parce que presque tout ce qui est nouvelle est négatif : écouter aujourd’hui un journal télévisé fait froid dans le dos, une cascade de faits horribles qui déboulent, sautent, montent, descendent, reviennent sur scène… c’est un carrousel de malheurs sans nombre, racontés dans tous les détails. C’est pourquoi je crois que, aujourd’hui plus que jamais, c’est un défi d’explorer et rechercher ce qu’est et en quoi consiste le bonheur. On a dit qu’il a été trouvé dans un homme qui n’avait même pas de chemise. Le bonheur est comme un petite couverture, de celles qu’on nous donne dans les avions lorsqu’on fait un long trajet : elle nous recouvre mais elle laisse toujours une partie de notre corps à découvert. Le bonheur est comme un puzzle auquel il manque toujours une pièce. Le bonheur absolu n’existe pas, c’est une pièce de musée, une vue de l’esprit sans consistance. La vie est si compliquée qu’aspirer à un bonheur total et absolu est quelque chose d’impossible. Nous devons rechercher un bonheur raisonnable dans lequel on trouve une bonne proportion entre fins et moyens. Sans oublier une prémisse fondamentale : celui qui ne sait pas ce qu’il veut, ne peut pas être heureux.

Le bonheur consiste dans tout cet ensemble de bonnes choses que tout homme est incapable de ne pas vouloir. C’est pourquoi on se trouve là devant une question plus privée que publique. De mon point de vue, il s’agit de la somme de deux choses fondamentales : avoir une personnalité équilibrée et avoir été capable de configurer un projet de vie qui contienne trois grands ingrédients : amour, travail et culture. Et j’ajouterais une note en pied de page, le plat de résistance du banquet de la vie : l’amitié. Le bonheur est la somme et la synthèse positive d’une pentalogie qui capte, analyse, scrute et enregistre cinq grands thèmes de la vie : avoir une personnalité avec un certain degré de maturité, avoir et savoir ce qu’est l’amour, que notre travail professionnel remplisse notre existence, que la culture nous enveloppe de son manteau comme une grande protectrice, et jouir de l’amitié : la possibilité de nous ouvrir à quelqu’un, et lui permettre d’entrer dans notre citadelle intérieure. Personnalité, amour, travail, culture et amitié. Ce n’est pas rien.

La vie est un essai. Elle apprend plus que beaucoup de livres. La vie est une grande maîtresse. Voilà pourquoi elle est comme un livre en blanc dans lequel nous écrivons les pages au fur et à mesure de  notre conduite : dans ce cahier de notes sont enregistrées les joies et les peines, les réussites et les erreurs, les succès et les échecs. A la longue, le bonheur est un résultat, c’est le résumé de ce que nous avons réalisé avec notre existence personnelle. Si l’homme est un animal malheureux, le bonheur doit être toujours précaire. Il est le polynôme de beaucoup de facteurs, d’où les fils de soie qui l’enveloppent et le traversent.

D’autre part, je crois qu’il est bon de souligner que le bonheur repose sur une attitude mentale positive, un effort de recherche pour vivre en harmonie avec soi-même. En contraste avec soi-même, trouver les pièces maîtresses du casse-tête qu’est chacun d’entre nous, en s’acceptant dans sa partie rocheuse et immuable et en luttant contre vents et marées pour modifier ce qui est modifiable et s’améliorer dans ces aspects qui le requièrent. (…) à suivre

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